Le 6 Avril, nous sommes en route vers le Nord et la chaleur, le Nord et les plages divines... Nous partons avec deux Américaines, Jamie & Carlie, pour plus de 15 jours et près de 4000 km de
road trip.
En ce premier jour, le désert des Pinnacles nous
offre un spectacle formidable. Dressés par milliers sur un sable fin et doux, les pierres calcaires s'élèvent et règnent en maîtres sur les minuscules visiteurs que nous sommes. La
balade est silencieuse et la lumière du soleil accomplit devant nos yeux des miracles, transformant cette balade dans un désert en une espèce de voyage spirituel d'un autre temps (photo).
Les Pinnacles... Le soir, nous campons à Cervantes, petite ville attenante. Pendant 15 jours, nous camperons dans cette petite tente pour 4.
De Perth à Broome, imaginez de Paris à Moscou... Il y a quelques "villes" de 15-20 000 habitants, comme à Geraldton, où nous nous arrêtons pour nous ravitailler. Partir comme ça vers le nord,
c'est quitter la civilisation, traverser des villages déserts où notre guide de voyage annonce des milliers d'habitants, dont on ne voit aucune tête. Et pendant un tel road trip, il y a certains
jours où seule la route nous attend. On est 4 à conduire, on peut alors alterner Team France et Team USA. Avantage important pour éviter la fatigue et des dépenses considérables. Nous dormons
pour cette deuxième nuit sur une aire de camping sans eau ni électricité, un camping sauvage à Coronation beach, où nous admirons le coucher du soleil.
Prochaine étape: le Kalbarri National Park, à quelques centaines de kilomètres de là (quoi? C'est tout? Faire 300 kilomètres en Australie, c'est comme faire
60 km en France: c'est la porte à côté). Avant de rejoindre le parc, nous nous rafraîchissons sur une plage sauvage. Puis nous arrivons à Kalbarri, merveille de la nature faisant penser à l'ouest
américain. Les canyons The Loop et Z-bend, secs et lointains, zigzaguent le long de hautes falaises sur lesquelles nous admirons le spectacle. L'air est
bouillant (il fait plus de 40° dans le parc, 10° de plus que sur la côte) et les mouches nous "attaquent", se posant par dizaines sur notre visage (attirées par les yeux), puis par centaines sur
les bras, épaules, etc...
Le lendemain, après un "pelicans feeding" (donner à manger aux pélicans) un peu mollasson, nous partons pour Shark Bay, réputée pour ses plages sublimes et
ses dauphins souffleurs (Monkey Mia). Après de nombreuses heures de routes, nous arrivons sur une plage déserte et originale: Shell Beach. Sous nos pieds, le sable fin est remplacé par des millions de petits coquillages blancs qui dominent la plage. Le spectacle est grandiose et la baignade
géniale (photo). Grâce à notre équipement, nous voyons Carole et moi deux petites raies grises de lagons, enfouies sous le sable. Après la baignade, nous arrivons à Denham, ville principale
de la baie. Après une nuit
bruyante au camping, nous rejoignons les dauphins souffleurs de Monkey Mia. Mais dès que nous accédons à la plage (payante), la déception est grande : des centaines de touristes sont debout au bord de l'eau,
amassés par grappes. Devant eux, des dizaines de dauphins souffleurs viennent tout lentement "manger" ce que les vacanciers leur tendent. Je préfère m'écarter pour rejoindre une plage
sauvage plus loin... Et là, Carole et moi croisons un petit dauphin, tout seul, à quelques mètres du bord. Moment magique, tout comme les deux dauphins (une mère et son petit) qui croisent
Carole et Jamie plus tard dans la journée ! Monkey Mia présentent donc des plages superbes, mais les fonds, bien que translucides, sont assez décevants.
Le lendemain 11 Avril, nous prenons la route pour Coral Bay, premier village d'un parc national aquatique, de surcroît protégé (contre la pêche notamment).
Nous en profitons pour passer le tropique du Capricorne, faire des provisions à Carnarvon (imaginez qu'entre Lille et Marseille, il n'y ait que des villages!) et nous arrivons dans un camping
super mignon à Coral Bay, à quelques mètres seulement de la plage ! Et elle est sublime... Il nous reste une petite heure avant le coucher de soleil, une petite heure à passer sous l'eau. Et là,
quel enchantement ! Les coraux sont multicolores, sublimes, autant que les petits poissons qui naviguent entre nous par milliers. Etant donné que les dizaines de milliers d'espèces qui composent
les fonds sont protégés, les poissons pullulent ! Hop, j'ai vu une tortue, c'était une tortue
!! De loin, et avec la lumière qui diminue, était-ce une tortue ou un mec comme moi avec un masque et un tuba? Le lendemain, nous profitons de cet incroyable paradis aquatique pour plonger toute
la journée.
Le 13 Avril (jour sacré), aucune cabine téléphonique n'accepte ma carte de crédit ni mes pièces pour téléphoner à ma maman qui ajoute une année à sa vie. Nous venons alors d'arriver à
Exmouth et plus précisément au camping sauvage de Lakeside (sauvage= ni eau, ni électricité). Il est à peine 2h et nous
avons l'après-midi pour plonger. Plage de sable blanc miraculeux (bon, imaginez à partir de maintenant que des plages de rêves, ça m'évitera de radoter!). Carole et moi avançons lentement
au-dessus de ce sable et là, tout à coup, je m'arrête, Carole ne comprend pas, elle nage sur place. Sous elle une raie manta (une petite d'1m), endormie sous le sable. Par ses gestes de surprise,
Carole la réveille et l'hôte de ces fonds s'envole rapidement et disparaît de notre vue. Ces endroits annoncent la perfection! Plus loin, en rejoignant quelques bancs de coraux, outre les
poissons multicolores, nous croisons un petit requin, qui navigue plus loin pour nous éviter. Le lendemain constitue l'apothéose de notre voyage de 6 semaines...
14 Avril 2008. Après une nuit à rêver des raies, requins et poissons que nous avons croisés la veille, après un matin sans douche, avec petit déj, nous partons pour Turquoise Bay (prononcez "Teurkoïz"). Là, la plage est presque déserte et l'on voit se dessiner à quelques mètres du bord des centaines de tâches noires, représentant des
milliers de coraux. Le sourire se dessine sur nos visages. Imaginez...
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.~On dévale la dune de sable chaud et immaculé, on s'immerge dans une couche de crème solaire et l'on suffoque presque du dehors, de ce soleil dominant, de ces ombres rares. On est là,
devant des tons de bleus indéfinissables, qui nous attendent; devant le calme d'un lagon; devant un paysage qui repose: Turquoise Bay.
Masque et tuba en main, on parcourt les quelques mètres de blanc qui nous séparent de ce bleu, un bleu transparent. L'eau est chaude et de minuscules vagues viennent chatouiller nos pieds, puis
notre corps s'engouffre doucement vers ce bleu qui nous attend, ce bleu trépident.
Le premier regard est divin: tout ce petit monde nous observe; des poissons blancs et uniformes nous entourent, une raie manta est assoupie sous nos pieds et nos premières brasses nous portent
vers un autre monde.
Déjà se dessinent quelques îlots de corail, dont les bords sont envahis de centaines de
petits poissons. Multicolores, multiformes, ils ne s'éloignent pas de leur allié corail, qui les héberge et leur ressemble. Quelques brasses encore et les
"poissons d'aquarium" apparaissent. Leurs couleurs tropicales émerveillent.
Au bout de plusieurs dizaines de mètres dans ces eaux magiques, les coraux s'imposent peu à peu pour couvrir finalement ce sable blanc. Leurs robes multicolores et leurs formes multiples
(spongieuses, coupantes, florales...), sont invraisemblables. Tout un univers nous domine par son immensité, sa vie et son silence.
Tiens! A l'instant, on débusque un petit requin (1.50m), assoupi sous un corail, nous regardant de son oeil vert et affuté. Derrière, un cousin plus imposant
(3m?) passe fièrement, laissant son allure planer sur les environs et sur notre coeur s'emballant.
On continue tranquillement à flotter dans ce monde qui n'est pas le nôtre, quand, sur notre droite, à face à la lumière diffuse qui s'abat sur elle, une tortue vient
nous rejoindre. Sa nage est lente et royale. Elle nous regarde avec une candeur amicale et nous invite au voyage. Nous la suivons, dix minutes, 20 peut-être, à travers sa quête
nourrissière. Elle parcourt les coraux, dénichant ça et là de petites herbes enfouies. Nous caressons sa carapace en oubliant même de penser. Juste vivre cet instant incroyable... Carole
plusieurs fois avec moi, puis Jamie et Carlie, nous rejoignent et vivent cet intense moment. Sous l'eau, on se contemple, on se regarde en se disant que ça n'arrive pas tous les jours, pareil
bonheur~.
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Le lendemain, nous reprenons la route. Exmouth et Turquoise resteront à graver pour toujours. 800 km composent cette journée où la chaleur est de plus en plus prégnante. Nous arrivons épuisés à
Karratha, ville-étape. Une douche nous fait le plus grand bien (après 3 jours sans douche, après 3 jours de chaleur et de baignades, on se sent comment
dire... un peu poisseux!). Le jour suivant, nous visitons les environs: l'Heritage trail nous emmène sur quelques montagnes près de la ville (à éviter), la ville fantôme de Cossack offre un peu
d'intérêt (vieux tribunal, etc.) et un petit verre au Point Samson marquent cette journée tranquille. Le lendemain, 800 km de route et nous arrivons à Broome.
Nous restons 3 jours à Broome, petite ville de 15 000 habitants. Le centre-ville nous emmène à la découverte d'une ville au passé glorieux: pendant très
longtemps, la réputation des plongeurs japonais ont permis à la région une renommée internationale pour la culture des perles de mer. Cependant, Chinatown n'a pas l'allure d'un quartier
classique chinois et la ville est en générale assez peu accueillante (nous reviendrons plus tard sur le problème aborigène). Malgré tout, la ville a deux sites naturels exceptionnels. La plage de
Cable Beach d'abord,
immense et calme, est
considérée comme l'une des plus belles d'Australie. Nous nous y baignons après s'être assurés de l'absence de méduses... Le site de Gantheaume Point, beaucoup
plus sauvage, offre quant à lui un contraste étonnant de couleurs entre les différents tons de mer et ceux des roches, sculptées par les âges. On vire d'un rouge vif à un bleu clair, en passant
par des dizaines de couleurs, tel un arc-en-ciel terrestre (photo). Quelques sites comme Streeters Jetty ou le marché du samedi offrent quelque intérêt, mais mieux vaut évoquer une petite
ferme que nous visitons à quelques kilomètres de la ville: "Mango place". Ca ne vous échappera pas, on cultive ici la mangue sous toutes ses formes
(la région de Broome est manguement réputée). De la confiture, du "chutney", du vinaigre et bien sûr des smoothies délicieux que nous délectons un après-midi. La paix de cette petite ferme
contraste avec la moins harmonieuse Broome, qui restera au final une déception dans ce voyage (on nous en avait tellement dit du bien!).
Le 19 Avril, Carole et moi nous apprêtons à dire "au revoir" à Jamie et Carlie, avec qui nous avons passé des moments magiques. L'entente a été parfaite, il n'y a eu aucun problème entre Team USA
et Team France! Elles rentrent en voiture à Perth (elles font le trajet à l'intérieur des terres en 3 jours, route, route, route!). De notre côté, nous prenons un bus pour faire les 2000
kilomètres qui nous séparent de Darwin, dernière étape de nos six semaines de voyage... 24h à penser à tout ce qu'on a
fait, 24h à imaginer ce qui nous reste à faire!
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